“Mon Bégaiement, Ma Voix au Travail” : Témoignage de Annie Longpré, orthophoniste et adulte qui bégaie.

Nom : Annie Longpré

Titre de l'emploi : Orthophoniste

L’ABC est fière de présenter “Mon bégaiement, ma voix au travail”. Une campagne de sensibilisation à l’occasion du Mois de l’ouïe et de la communication.

Tout au long du mois de mai, nous partagerons une série de témoignages vidéo et écrits pour mettre en lumière les réalités vécues par les adultes qui bégaient en milieu professionnel. À travers ces voix, la campagne vise à briser les tabous, déconstruire les idées reçues et ouvrir la voie à des environnements de travail plus inclusifs, où chaque manière de s’exprimer a sa place.

Comment décrirais-tu ton travail ? Qu’est-ce que tu fais dans une journée typique ?

Je suis orthophoniste et je travaille avec une clientèle qui bégaie et qui bredouille, de tout âge.

Dans une journée typique, une partie de mon temps est consacrée à la préparation de mes dossiers : préparation des rencontres, rédaction de rapports et de plans d’intervention. Le reste du temps, je suis en rencontre (en présentiel ou en ligne) avec des personnes qui bégaient et bredouillent, afin de leur offrir tous les outils possibles pour qu’elles se sentent mieux dans leur quotidien et puissent parler plus librement.


Qu’est-ce que le bégaiement t’apporte comme force au travail ?

De manière générale, je considère que le bégaiement m’a permis de développer mon écoute, ma patience, mon empathie et une grande ouverture aux autres et aux réalités différentes de la mienne.

Dans mon travail d’orthophoniste auprès d’autres personnes qui bégaient, mon expérience personnelle me permet de véritablement comprendre la réalité de mes client·es. Le fait de bégayer moi-même peut également contribuer à normaliser le bégaiement auprès des familles que je rencontre.


Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui bégaient qui commencent à travailler ou qui souhaitent avancer dans leur carrière ?

Écoute ta petite voix qui te guide vers ce qui est important pour toi. Il est important d’essayer de faire abstraction du bégaiement dans ses décisions de carrière ou d’avancement professionnel. C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire — et il ne faut pas se culpabiliser si certaines décisions sont influencées par le bégaiement — mais ça vaut la peine de se demander ce qu’on veut réellement.

Fais confiance au fait que les autres peuvent être bienveillants et patients, mais surtout, aie confiance en tes compétences. Ce n’est pas parce que c’est plus long de parler que tu es moins compétent·e qu’une autre personne.

Finalement, ce qui a été très important pour moi (même si ce n’est pas le cas pour tout le monde), a été de parler ouvertement de mon bégaiement, autant au travail que dans ma vie personnelle. J’ai constaté que le fait de le nommer diminuait la pression que je me mettais par rapport à ma parole et me rendait plus à l’aise dans les interactions. Cela peut aussi diminuer le malaise potentiel chez l’autre.


En parles-tu lors des entrevues d’embauche ou avec tes client·es ? Si oui, comment ?

Oui, j’en parle d’emblée avec mes client·es. Je le fais pour qu’ils et elles ne se posent pas de questions, mais aussi pour moi : cela me permet de me sentir plus à l’aise, de ne plus focaliser sur ma parole et d’être pleinement dans le moment présent.

Cela me permet d’être davantage en relation avec l’autre, de mieux écouter et de mieux comprendre leurs besoins — car autrement, une partie de moi reste toujours occupée à penser à ma parole.